Cauchemar en west…

Ce n’est pas évident d’avoir du beau temps au milieu de l’automne, alors quand j’ai vu que la météo annonçait une espèce d’été des Indiens, j’ai paqueté le West, balayé les feuilles mortes tombées sur le pare-brise durant la nuit, et puis en route!

J’ai donc quitté Québec sous un soleil resplendissant au matin du 29 octobre. Direction Gaspésie, pour la dernière sortie de la saison.

Contrairement à mon habitude, j’ai roulé sur l’autoroute 20-est jusqu’au bout de celle-ci pour arriver plus vite à destination.  Rendu à Sainte-Flavie, j’ai repris la 132 et adopté une vitesse de croisière plus propice au plaisir de la route en West, c’est-à-dire un rythme plus lent que m’inspirait la vue du fleuve, déjà mer à cet endroit.  J’ai poursuivi comme ça, en admirant ce magnifique paysage et en écoutant le vent siffler autour des vitres.

C’est à Grosse-Roche que j’ai décidé de m’arrêter pour la première nuit.  J’ai stoppé le West près du quai pour y camper, mais seulement après avoir fait une belle promenade à pieds sur la grève.  Et comme c’est souvent le cas quand on est sur la rive-sud du fleuve Saint-Laurent, le coucher de soleil était extraordinaire, laissant présager une autre belle journée pour le lendemain…

Au matin, quand je me suis réveillé, j’ai poussé le rideau près de mon lit pour voir dehors. J’ai dû essuyer la buée qui recouvrait la vitre pour constater que la météo s’était encore trompée, le soleil d’automne resplendissant de la veille avait cédé sa place à un ciel gris et sombre.  Le fleuve disparaissait dans un brouillard épais à quelques mètres, à peine, de la rive.

Après avoir rangé ma p’tite vaisselle du petit déjeuner, j’ai décidé de continuer quand même ma route vers l’est, en espérant que le soleil radieux de la veille revienne remplir le ciel en brûlant tous ces nuages.  Au contraire, à peine quelques kilomètres plus loin, c’est plutôt le vent qui s’est levé et il devint de plus en plus difficile de garder le cap au volant du West.  Ces petits camions en forme de boîte rectangulaire plus haute que large sont très sensibles aux vents latéraux, jusqu’à rendre la conduite plutôt vacillante, comme si le conducteur avait abusé des plaisirs douteux de la bouteille et à 10h00 du matin, c’est encore plus suspect.  Je me suis dit que je ferais mieux de m’arrêter un peu pour réfléchir avant d’aller plus loin.  Le mauvais temps persistant commençait à m’inquiéter.

Après le dîner, ça semblait se calmer un peu, mais j’ai quand même décidé de prendre la route du retour vers l’ouest. J’étais un peu déçu de renoncer à ma dernière sortie avant de remiser le West pour l’hiver, mais je ne voulais pas non plus risquer de passer une journée enfermé dans le West à regarder la pluie tomber.  Car en réalité, plus la journée avançait et plus le temps se dégradait. Il devenait de plus en plus évident que ma petite escapade automnale s’enlignait pour virer au cauchemar si je m’entêtais à défier la météo.

Alors demi-tour, me suis-je dit, pendant que je pouvais encore rouler, mais ça ne dura pas très longtemps.

La tempête empirait d’heure en heure, le jour tirait déjà à sa fin et je devais trouver où m’arrêter pour la nuit, parce qu’il n’était pas question de rouler la nuit dans ces conditions.  Ce ne serait vraiment pas une bonne idée, et je ne pouvais continuer ainsi sans risquer de perdre le contrôle du camion pour finir mon voyage improvisé dans un fossé.

Il fît rapidement nuit noire, et même si je roulais lentement, la pluie et le vent s’abattaient de plus en plus fort sur le pare-brise et les essuie-glaces peinaient à faire leur travail.  Je me suis rappelé avoir vu un peu plus tôt qu’on annonçait un village à quelques kilomètres, je décidai donc de m’y rendre pour y trouver refuge pour la nuit.

Curieusement, je ne voyais pas son nom sur la carte ni à l’écran de mon GPS, dont la lueur blafarde éclairait la cabine.  Je me suis dit que c’était sûrement encore une lacune de ce système qui m’avait plusieurs fois fait rager en me dirigeant bizarrement.  J’ai eu trop souvent l’impression qu’il me faisait faire des détours plutôt que de me suggérer la meilleure route à suivre.

Enfin, j’aperçus l’écriteau qui annonçait la déviation pour Sainte-Mortadella.

La petite route était si étroite et sinueuse que j’avais plutôt l’impression de m’engager sur un chemin privé que vers un village, mais le temps était si mauvais que j’ai continué jusqu’à ce qui me sembla être un petit parc public.  Je stationnai le West sur le bas côté, croyant enfin être en sécurité jusqu’à ce que le temps me permette de continuer ma route vers la maison.

Dans ces conditions, je regrettais un peu ma petite excursion, mais à quoi bon. Dès que le jour reviendrait, les conditions métérologiques redeviendraient sûrement meilleures et je pourrai alors reprendre la route sans risque d’accident.  Je me suis donc installé comme de nombreuses fois auparavant, pour passer une nuit discrètement stationné à l’écart.

Après avoir ouvert le lit du bas (pas question de lever le toit par un temps pareil!), tiré tous les rideaux, je me suis glissé dans mon sac de couchage et j’ai éteint la lumière.

La pluie battait si fort sur les vitres et sur le pop-top en fibre de verre qu’on aurait dit des millions de doigts qui pianotaient en même temps sur le West.  Dans cette nuit tempétueuse, j’entendais toutes sortes de sons venant de l’extérieur, comme ce grincement aigu qui ressemblait tellement à des branches d’arbres qui gratteraient les parois du camion.  Le bruit du vent lui, ressemblait à la rumeur d’une foule qui chuchote tout près.  Il y avait aussi comme des frottements de pas trainants sur le sol tout autour du campeur.  Était-ce seulement le vent qui faisait tanguer ainsi le West?

Ah misère, et moi qui ne suis pas plus brave que la moyenne des ours, je commençais à m’imaginer des choses de plus en plus effrayantes.  Mes souvenirs de monstres de mon enfance commencèrent à me hanter et paniqué, je me cachai la tête sous mon oreiller quand le tonnerre se mit à gronder et les éclairs à tracer des ombres louches sur les rideaux…

Je ne sais pas comment j’ai pu m’endormir, terrifié comme je l’étais, mais c’est finalement le silence qui contrastait avec la nuit orageuse que je venais de passer qui me réveilla.  J’ouvris les yeux, tout paraissait normal dans mon petit campeur. Il y faisait seulement froid et humide.  Comme à mon habitude, j’ai poussé le rideau près du lit, pour voir dehors.  Il y avait tellement de condensation sur la vitre que je n’y voyais rien du tout. J’avais beau l’essuyer, je ne voyais tout autour du West qu’une brume épaisse à couper au couteau.  Et tout était redevenu calme et silencieux.

Je décidai donc de sortir pour me réveiller à l’air frais du matin.  Je poussai le rideau de la porte coulissante que j’ouvris toute grande.  En descendant du camion, je perdis pied en trébuchant sur quelque chose et je m’étendis de tout mon long, face contre sol.  En relevant la tête, j’ai aperçu de grosses lettres gravées dans la pierre usée qui disaient Marie Bellerose, 1802-1804…  Je compris alors que j’étais stationné en plein milieu d’un cimetière, sûrement abandonné vu l’état délabré des pierres tombales, pour la plupart renversées.

En me relevant, je fis le tour du West. À part un peu de boue autour des roues, je ne vis rien d’anormal… enfin, je veux dire que je n’ai constaté aucun dégât matériel sur le West. Je souris alors en me disant qu’en ce matin du 31 octobre, mon imagination m’avait encore joué des tours et que la nuit dernière, je m’étais seulement fait des peurs comme un enfant qui a trop lu d’histoires de fantômes et de zombies.

Quand même, je ne voulais pas m’attarder plus longtemps dans ce décor plutôt macabre. Je m’installai donc au volant et ce n’est qu’en reculant que j’aperçus la tombe ouverte et vide au-dessus de laquelle j’avais passé la nuit…

 

JOYEUSE HALLOWEEN!

 

Pensez-y la prochaine fois que vous stationnerez votre West, la nuit, pour squatter un endroit inconnu!

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6 réflexions sur “Cauchemar en west…

  1. Salut, ton récit est passionnant……………je crois que tu devrais penser à écrire un livre….de West. Un peu de fignollage pour le début et imagine une fin……..innattendu. Tu as une facon de décrire la situation telle qu’elle semble avoir été vécu….par un Westeux……c’est évident .Il est plus facile de décrire une situation lorsqu’on l’a vécu…..en partie…..NEWWEST76

  2. MON CHER MONSIEUR BLOUIN, EN PLUS D’AVOIR UNE IMAGINATION FERTILE, VOUS AVEZ UNE TRÈS BELLE PLUME QUI NOUS TIENT EN HALEINE JUSQU’À LA FIN….DU CAUCHEMAR…QUE L’HALLOWEEN SOIT AVEC VOUS…..ET AVEC VOTRE ESPRIT. AMEN.

  3. Très drôle, petit frère..
    J’ai pas ton imagination pour répondre aux désirs des petits enfants lorsque je les met au lit….mais je me force. Bye

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