Le Crabe dans ma tête…

(9 janvier)  C’est en regardant, pour la énième fois de la journée, ma pisse couler dans la cruche orange que m’avait remise l’infirmière de la clinique que je me suis dit, ouais, au moins, j’suis ben content d’être un garçon dans ce cas là.  C’est bizarre, je n’avais jamais pensé que je pissais autant et aussi souvent dans une journée.  Je me suis aussi demandé, c’est le début de quoi ça là,  mettre toute mon urine de 24 heures dans une cruche pour l’envoyer analyser dans un laboratoire? C’est peut-être bien juste pour rien que m’a dit mon médecin, mais on le fait pareil. Ça fout quand même un peu la trouille.

Il a dit aussi, ce n’est probablement rien du tout ces résidus de sang dans ta dernière analyse d’urine, mais je ne voudrais quand même pas passer à côté d’un cancer de la vessie… voilà, le mot est sorti.  Une chance sur cent, c’est quand même une malchance de trop (si au moins il avait dit une chance sur 1000, sur 10 000…) que la présence de sang dans l’urine soit le signe d’un cancer.

Malgré toute la délicatesse avec laquelle il a minimisé la gravitéde la situation, il a tout de même inséminé la naissance de la bête dans ma tête.

Qu’il soit vraiment là ou non, depuis 24 heures l’idée a déjà pris la forme d’une tache sombre sur mon avenir.

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(10 janvier)  Bon, la cruche orange pleine de pisse avec les trois petits flacons sont retournés à la clinique pour aller se faire analyser les cellules.  7 à 10 jours à attendre que le téléphone ne sonne pas.  Parait que le système ne permet pas de donner des bonnes nouvelles, le médecin va me faire appeler seulement s’il y a un «problème».  Je ne pense pas pouvoir supporter le doute dans ce flou administratif, dans dix jours je me pointe au sans rendez-vous, certain, pour me faire confirmer que tout va bien, même si je n’ai pas reçu d’appel.

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(11 janvier)  Je suis extrêmement préoccupé par l’idée d’essayer de ne pas  trop y penser…

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(13 janvier)  Ce soir je crois bien que je vais mourir seul.

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(15 janvier)  Cinq jours ont passé sans que le téléphone ne sonne le glas.

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(17 janvier)  Sept jours ce matin.  J’ai un peu peur de répondre au téléphone.  Si ça sonne, je vais laisser le répondeur encaisser le coup, bon ou mauvais, à ma place.

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(25 février)  Je suis quand même parti, 20 jours après avoir déposé ma cruche.  Je ne suis jamais allé à la clinique parce que je croyais bien que j’étais resté assez longtemps sans nouvelle de leur part.  Faut croire que non, puisque c’est plus d’un mois et demi plus tard que j’ai reçu des nouvelles…

Je ne comprends pas trop ce qu’elles veulent dire.  Je me demande ce que je devrais faire.  J’aurais reçu des résultats d’analyse par la poste et l’hôpital a laissé un message pour me donner un rendez-vous pour un TACO.  J’en suis perturbé et je n’arrive pas à décider quoi que ce soit.  Je vais d’abord essayer de parler à mon médecin.  D’ici là, j’essai de faire des réserves de confiance en pensant à toutes les façons de ne pas y penser, pure chimère!

Je suis sur le chemin bien plus que je pense.  Reste à savoir de quoi?

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(27 février)  Après 2 jours de tergiversation avec mes idées noires et mon défaitisme habituel comme conseillers, j’ai fait face à la réalité.  J’ai pu faire laisser un message à mon médecin afin qu’il me rappelle sur mon cellulaire.  Ce qu’il a fait quelques heures plus tard.  Ce qu’il m’a dit a réveillé la bête qui s’était endormie sous mon lit de déni et m’a pincé juste assez pour décider que le voyage est fini.  Dès maintenant, c’est le retour!  J’irai faire cet examen qui, lui seul, pourra dire si les cellules atypiques dans ma pisse sont de la merde de Crabe ou de la merde ordinaire.

Je passerai donc les cinq prochains jours, seul au volant de mon tonneau roulant, en essayant de ne pas être trop obsédé par cette question sans réponse qui se pointe encore sur le pas de ma porte, est-ce que la vie vaut la peine d’être vécue…

De toute façon, on gèle à Panama City Beach!

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Juste avant d’arriver à Panama City où une réservation m’attendait au St-Andrews State Park, je me suis arrêté pour faire ces photos quand j’ai aperçu ce cimetière de vieilles carcasses, disposées au bord de la route, un peu comme on dispose parfois sur le tarmac les cadavres de soldats morts au combat.  Je trouve que ces vieux tas de ferraille représentent bien la décrépitude que le temps inflige à toutes choses en ce monde.  Et en ce moment, je ne peux m’empêcher d’y voir aussi un peu la mienne.

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3 réflexions sur “Le Crabe dans ma tête…

  1. Ouais ! C’est bien platte ce qui t’arrive là !
    J’imagine ton inquiétude !
    Espérons que ce soit simplement une infection urinaire, facilement soignable !
    Bonne chance dans ton retour et tiens nous au courant !
    Claude

  2. Salut cher kilomètreur
    J’arrive de ma campagne et je m’empresse de lire tes chroniques…. Un coup de poing, directement dans le coeur… Hum je pense à toi et je t’envoie mon énergie la plus positive. Il reste cependant la confirmation… la certitude… Calculs rénales ?? infection ?? ou même encore ce que je souhaite c’est qu’il y a trop de vin dans le sang. Ha oui voilà la réponse…;))
    Je te souhaite un retour avec une âme pleine quiétude, zen, et positive
    Au plaisir de te revoir.
    Nous sommes toujours ( je ) proche de toi
    Amicalement
    Sylvain

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